Deby face à la presse nationale

Publié le par L'OPPOSANT


 

A l’occasion du 53ème anniversaire de l’indépendance du Tchad et du 2ème anniversaire de son investiture pour un 4ème mandat, le Président de la République IDRISS DEBY ITNO a donné samedi 10 août 2013, une conférence de presse au cours de laquelle, il a abordé avec la presse nationale les questions politiques, économiques et socioculturelles du pays.

Monsieur le Président de la République, suite à la conspiration du 1er mai 2013, des députés ont été arrêtés. Ensuite, des journalistes l’ont été également. Cela a fait dire à certains hommes politiques qu’il y a eu recul de la démocratie et de la liberté dans notre pays. Que répondez-vous à ceux-là ?
IDRISS DEBY ITNO : Je pense que j’ai déjà répondu une fois à cette question, je ne sais pas à quelle occasion. Toutefois, vous avez évidemment pris connaissance que j’étais à l’intérieur du pays. Dès mon retour, j’avais réuni la classe politique ici, à la Présidence, pour leur donner l’information qui m’a été livrée par le Premier ministre, après mon retour sur ce qui s’est passé. Les mots ont leur importance. On a parlé de coup d’Etat, de ceci, de cela…Cela a, peut être, une forme de conspiration, à l’image de ce qui s’est fait ailleurs, tel que le printemps arabe, mais je ne crois pas qu’il y ait eu un coup d’Etat. Je n’ai pas été au-delà, car avant que je ne rentre, la question a été déjà déposée au bureau du Procureur de la République qui est une institution indépendante, un pouvoir indépendant, qui a un rôle extrêmement important à jouer. Vous, les journalistes, vous avez aussi un rôle à jouer. Vous avez un pouvoir. Peut-être qu’un jour vous serez le premier pouvoir. Ce n’est pas impossible ! (rires). Ce qu’il faut dire, il faut se demander, en réalité, en lisant vos journaux, en écoutant les journalistes des radios privées, on parle souvent et beaucoup de l’impunité. Arrestation de quelques journalistes, il y a une levée de boucliers. C’est comme si au Tchad, il y a deux catégories de gens : des gens qui doivent, évidemment, être jugés pour des fautes ou des comportements qui ne sont pas conformes à nos textes, et des gens qui doivent être épargnés totalement de cela. Alors, qu’est-ce qu’on veut ? Si on veut réellement la paix et la stabilité dans notre pays, il faudra que chacun joue son rôle. Moi, l’Exécutif, je joue le rôle de l’exécutif, le pouvoir judiciaire joue son rôle de pouvoir judiciaire et les autres institutions (Assemblée nationale, Cour suprême…) doivent jouer les leurs. Pour la première fois dans son histoire, le pays est aujourd’hui doté d’institutions fortes et crédibles qui ont montré, pendant presque deux décennies, leurs capacités à apporter leurs contributions pour sortir le pays de la situation difficile qu’il avait connue. Donc, il y a un choix à faire. Si nous voulons la paix sociale dans notre pays, il faut laisser la justice jouer son rôle de bout en bout. Ce n’est pas moi, IDRISS, qui vais m’interférer dans les affaires judiciaires. Je ne l’ai pas fait et je ne le ferai jamais, même par l’intermédiaire de quelqu’un. Je le dis du fond de mon cœur, et je crois à ce que je dis. J’estime que ce sont des gens qui sont assermentés, ils ont choisi d’être magistrats. Donc, parlant de la paix sociale, il va de soit que si vous n’avez pas une justice crédible dans votre pays, vous n’aurez pas la paix. Et si vous ne laissez pas la justice jouer son rôle, il n’y aura non plus la paix. Un exemple que je rencontre souvent dans les pages des journaux que je lis : on s’en prend, en partie, à un citoyen pour rien de tout. Ce citoyen doit aller où ? Chez le magistrat justement. Sinon, il cherchera à se faire justice et c’est la violence. Donc, le fait que l’ensemble des problèmes qui concernent la marche de notre société, quelque soit la gravité, soient laissés à la justice, est un gain important pour nous, pour notre pays et pour la crédibilité de notre justice. Je ne dis pas que ces gens là ont fait quelque chose. Je n’ai aucun élément, tout comme je n’ai aucun élément pour dire qu’ils n’ont pas fait quelque chose. Il appartient à la justice de faire le plus rapidement possible son travail et de rendre public son verdict. En attendant, choisissez une chose : l’impunité ou la paix sociale. Si vous voulez la paix dans notre pays, encouragez nos magistrats à rendre une justice juste, une justice qui contribue à la paix et au renforcement de la démocratie, une justice qui rapproche les Tchadiens. Dieu vous a donné cette chance et il faut beaucoup le remercier pour nous avoir donné cette chance de vivre en paix, dans un environnement que vous connaissez très bien, peut-être que c’est parce que nous avons connu, dès les premières heures de l’indépendance et pendant longtemps, des troubles, des désordres, des déchirements et autres. Il a fallu travailler et sensibiliser longtemps pour faire en sorte qu’on revienne aujourd’hui à cette stabilité. Vous êtes très jeunes, mais certains d’entre vous doivent se rappeler que dans les années 70, on a parlé du Tchad comme un Etat néant. Donc, on est sorti de l’Etat néant pour arriver aujourd’hui à un Etat crédible avec qui il faut compter. Et c’est le fait de tous les Tchadiens. Chacun à apporter sa contribution pour arriver à cela. Donc, il faut préserver cette paix, cette stabilité, l’unité retrouvée et la cohabitation pacifique. Ce sont des éléments qui permettent à un pays, qui a de grandes ambitions, de les réaliser. Quand on parle de pays émergent, ce sont des ambitions. Ce n’est pas un mot vide de sens. Et ces ambitions, chaque Tchadien doit les porter dans le cœur et en être concerné. Et nous ne pouvons atteindre nos ambitions que dans la paix, la stabilité et la cohésion nationale. Je souhaite que la justice fasse rapidement la lumière sur les cas des hommes politiques et des journalistes arrêtés, de manière à ce que nous sachions, moi et vous, qu’est-ce qui s’est passé. Conspiration ou pas, c’est vrai ou c’est faux ? C’est aux magistrats de nous le dire.
Monsieur de Président, Vous dites qu’il faut laisser la justice faire son travail. On constate une série d’affaires contre votre opposition. Mata-Léré, avec l’affaire Kebzabo qui a, aujourd’hui, maille à partir avec la justice. Avant ça, il faut signaler l’arrestation du député Gali et l’affaire du 1er mai que vous venez de rappeler. Au fond, qu’est-ce qui peut expliquer ce raidissement contre l’opposition ? Est-ce que l’affaire Kebzabo n’est pas une affaire de trop ?
IDI : Vous avez parfaitement raison de demander si ce n’est pas une affaire de trop ? Vraiment, c’est une affaire de trop, on n’a pas besoin de cela. Nous avons à nous occuper d’autres choses sérieuses, nous avons du travail sérieux à faire. Si on est arrivé à la situation actuelle, c’est par la force des choses. Demandez à leurs collègues députés à l’Assemblée nationale. Mais tout passe par là, il y a un débat libre et démocratique au sein de l’Assemblée nationale. Chacun peut poser n’importe quelle question au gouvernement, quand il veut, comme il veut. Il n’y a aucune question taboue. Donc, l’affaire Kebzabo et autres, ce sont des accidents qui arrivent et il faut les prendre comme ça. Dans la vie, des accidents arrivent et passent. Moi, je les prends comme ça. Mais il n’y a pas du tout une chasse à l’opposition. Jamais ! L’opposition a sa place aujourd’hui. Rappelez-vous, quand nous avions mis en place l’accord du 13 août 2007, beaucoup n’y croyaient pas. Mais cet accord a donné un résultat positif. D’abord, l’accord politique nous a sortis vraiment d’une situation confuse et l’a clarifiée. En plus, nous ne nous sommes pas arrêtés là. Nous avions dit qu’il faut continuer, puisqu’il a donné des résultats. J’ai personnellement demandé qu’arrivé à terme, cet accord soit remplacé par un autre pour permettre d’avoir un dialogue continu entre le pouvoir et l’opposition qui doit jouer son rôle. Vous parlez souvent de la CPDC (Coordination des Partis politiques pour la défense de la Constitution). La CPDC est composée de plusieurs partis politiques. Dans les textes qui accompagnent le nouvel accord qui prendra effet à partir de la signature de promulgation de la loi, il y a des partis membres de la CPDC. Je pense qu’il faut que les gens sachent poser la question clairement. Notre frère Saleh Kebzabo veut s’imposer comme chef de file de l’opposition. Mais c’est à l’opposition d’accepter de le prendre comme chef de file ! Il y a un texte que le gouvernement doit prendre et qui permettra de connaître le rôle du chef de file, ainsi que le cadre réglementaire, etc. Mais ce n’est pas au pouvoir d’installer un chef de parti politique comme président des autres partis politiques. C’est ce qu’on me demande et je ne peux pas le faire. Je n’ai pas cette autorité. Revenons à des rêves plus porteurs pour notre pays. Ne faites pas de petits problèmes des gens ou des comportements individuels des questions importantes. Je pense que les questions qui intéressent les Tchadiens sont celles liées au développement, à leur vie de tous les jours et l’avenir des enfants qui interpelle le gouvernement. Je pense qu’on perd le temps en répondant à des petites questions de ce genre. Il ne faut pas personnaliser. Il faut globaliser les choses et poser des questions pertinentes auxquelles l’opinion s’attend.
Je recommanderais à chacun de vous de poser librement des questions importantes, sans qu’on ne perde du temps sur de petites questions qui n’ont pas de sens et qui concernent une personne. C’est la vie de la Nation et de tout le peuple tchadien qui est importante et qui est essentielle. Et pour autant, je n’ai absolument rien contre Monsieur Saleh Kebzabo. Je vous assure que je l’ai reçu dans mon bureau, avant que je ne parte pour mes vacances à Am-Djarass et nous avons échangé sur la question de chef de file. Je ne peux pas l’imposer, lui, comme chef de file comme ça. C’est à l’opposition de trouver son chef de file.
Le Procès Hissein Habré est désormais un acquis et l’opinion nationale et internationale, notamment les victimes, note avec satisfaction les efforts que vous ne cessez de déployer pour que ce procès ait effectivement lieu. On citerait par exemple la contribution du Tchad à hauteur de 2 milliards de franc CFA qui fait de notre pays l’un, sinon le plus grand contributeur pour ce procès. Alors, politiquement parlant, qu’attend le gouvernement tchadien à l’issue de ce procès ? Une condamnation judiciaire de Hissein Habré, le dédommagement des victimes ou une réconciliation entre les Tchadiens, avec notamment le retour au pays de l’ex-dictateur ?
Les statuts des chambres spéciales africaines disposent qu’aucune personnalité ne peut se soustraire à ces chambres en se prévalant d’une quelconque immunité. On dit toujours que vous aviez été un des proches du régime de Habré, surtout que vous aviez été son Chef d’Etat-major pendant la terrible période de 1984. Vous avez toujours avoué que vous avez agi en tant que militaire. Est-ce qu’en lisant entre les lignes de ces dispositions des statuts des chambres spéciales africaines, vous ne craignez pas qu’un jour, ce soit un piège qui puisse se refermer sur vous ?
IDI : Merci d’avoir posé cette question. Même si vous ne la posiez vous, beaucoup de Tchadiens pensent ainsi. Je pense que Kebzabo m’a doigté comme un acteur principal des affres du régime Habré. Commençons d’abord par la question du jugement de Habré. Je tire mon chapeau à la société civile. Elle a vraiment travaillé. Certainement, nous l’avons aidée. Vous vous rappellerez qu’en 1993, j’ai envoyé le Ministre de la Justice du Tchad à Dakar où il a fait deux mois. Nous avions, en son temps, interpellé l’OUA et, ensuite, l’Union africaine, à maintes reprises, pour que justice soit rendue. Ce qui s’est passé au Tchad, je suis parmi les acteurs et je connais réellement ce qui s’est passé dans notre pays. Ce qui s’est passé au Tchad, c’est horrible ! Donc, nous sommes tous des victimes en quelque sorte. Macky Sall a eu le courage et l’honnêteté de prendre cette affaire en main, tout de suite, après son élection, et dénouer cette question pertinente. On en parlait beaucoup, la question de Habré. Chapeau à mon frère Macky Sall qui a eu le courage de donner un espoir au peuple tchadien. Le jugement de Habré, c’est un élément important. Rappelez-vous la déchirure du Tchad, en 1979, entre Nord et Sud, rappelez-vous ce qui s’est passé au Sud et au Nord entre les citoyens d’un même pays, rappelez-vous aussi ce qui s’est passé après. On a découvert des charniers partout au Tchad. Je crois que je peux, en mon âme et conscience, dire que j’étais un des rares collaborateurs de Habré qui lui disait attention à ce que vous êtes entrain de faire. Je l’ai dit et c’est moi, c’est moi ! Parmi tous les collaborateurs de Habré, j’étais le seul capable de lui dire « ça c’est bon, ça c’est mauvais ». Puisque je pensais que le combat que nous menions contre la Libye était un combat qui valait la peine. Notre pays était occupé, j’ai opté pour le métier des armes, donc je ne pouvais pas me dérober. Je pense que j’ai rempli ma mission de soldat. Mais en même temps, pendant la même période, je n’ai jamais accepté que Habré ou les institutions qu’il a mises en place puissent mettre des malheurs dans le pays, tuer impunément des Tchadiens, prendre les biens des Tchadiens par groupes ethniques ou régionaux. Donc, ce qui est arrivé au Tchadiens est une fatalité pour le pays. Cette fatalité a divisé les Tchadiens. Je suis sûr que le jugement de Habré aura un impact sur le comportement de chaque Tchadien, surtout sur la réconciliation nationale. Il ne s’agit pas de lapider un homme qui s’appelle Habré, mais il s’agit de faire en sorte que nous puissions faire qu’il n’y ait plus un deuxième Habré qui tuera dans notre pays. Ça veut dire, tout simplement aussi, qu’après avoir géré un pays, vous ne pouvez pas sortir sans une impunité, puisque vous êtes comptable devant la nation, devant votre opinion. Donc, l’affaire Habré est un élément qui va rapprocher les Tchadiens, renforcer la cohésion, l’unité nationale et qui va permettre aux Tchadiens de n’avoir pas peur qu’un jour, un régime vienne boucler tout le monde et tuer comme il l’a fait.
Répondant à la question me concernant, j’avoue que je suis un soldat, j’ai été un très bon soldat. Quand je suis rentré le 22 avril 1979, j’étais arrivé à N’Djaména. Je ne reconnaissais pas N’Djaména. C’était une ville occupée par plusieurs tendances politico-militaires. Vous ne pouviez pas aller d’un quartier à un autre. C’était impossible. Moi, j’étais un soldat. J’étais resté pendant pratiquement six mois sans faire un choix. Et quand j’avais choisi de rejoindre les FAN (Forces armées du Nord), ce n’était pas à cause de Hissein Habré. En tant que soldat, j’ai porté mon jugement sur Habré et sur les FAN qui étaient contre la présence de la Libye qui occupait notre pays. La Libye occupait non seulement la bande d’Aouzou, mais le tiers du Tchad. Tous les malheurs que nous avions connus dans notre pays sont causés par la Libye. Donc, en tant que soldat, je m’étais engagé pour l’histoire, aux côtés de Hissein Habré dans les FAN. J’ai fait le maquis avec lui, en 1980-1981. Le retrait des FAN de N’Djaména, c’est moi qui l’avais conduit. Le 7 juin 1982, j’étais rentré à N’Djaména à la tête de mes hommes. Et je crois que j’ai apporté un plus au pays qui était divisé en deux et qui était déchiré. Il fallait refaire l’unité du Tchad, faire en sorte que les deux Tchad, le Nord et le Sud, soient ensemble. Je ne dis pas que c’était mon œuvre, mais je pense qu’en tant que soldat, j’avais travaillé pour cela. Il fût un moment où, pour des questions morales et de principe, j’avais pris le risque de quitter N’Djaména et de lâcher Habré, au prix de ma vie. Je ne me suis jamais dit que j’arriverai un jour à me faire une place au soleil et revenir reprendre le pouvoir. Mais j’ai quitté N’Djaména, avec mes proches collaborateurs et ma famille, pour ne pas contribuer à l’anéantissement du peuple tchadien par Habré. En tant que soldat, j’ai vu ce qui s’est passé à Yébibou. 150 soldats que j’ai connus, que j’ai formés et dirigés aux combats moi-même, ont été froidement assassinés début mars 1989 par la SP (Sécurité Présidentielle de Habré). Il y a aussi Ounianga, où les meilleurs soldats qui ont combattu et libéré le pays ont subi le même sort. J’ai coupé avec Habré. Il a su certainement gérer la période de la guerre, mais il ne pouvait plus gérer un Tchad dans la paix. C’était ma conviction. C’est ce qui m’a amené à ne pas accepter sa politique et qui m’a amené, en mon âme et conscience, à le quitter. Et j’ai l’ai combattu, armes à la main, tout comme j’ai combattu les Libyens, armes à la main. J’ai les stigmates des combats que j’ai menés contre la Libye et Hissein Habré. C’est tout simplement une question de morale et de conviction personnelle. Donc, j’ai été avec Habré pour combattre l’envahisseur. Et quand ça été de trop, j’ai quitté Habré pour le combattre. Maintenant, la chambre est libre, les Tchadiens sont libres. S’il y a, quelque part, une institution mise en place pour juger les coauteurs de Habré, je suis prêt à répondre à ces magistrats qui viendront vers moi. Je suis un homme à la conscience vraiment tranquille sur cette question.
Rappelez-vous, en 1994, quand je faisais une tournée à l’intérieur du pays, on m’avait diabolisé, et c’était d’ailleurs vous, les journalistes, qui m’aviez diabolisé. A Moundou, j’étais parti pour la première fois découvrir Déli dont on parlait beaucoup. Je n’ai jamais connu Déli. C’est en 1994 que je l’avais découvert.
Donc, comme je vous le dis, je suis là pour soutenir tous les efforts consistant à faire la lumière sur ce qui s’est passé pendant les huit ans de règne de Hissein Habré. Je suis là pour soutenir toutes les institutions nationales ou africaines qui veulent faire justice sur les auteurs, les coauteurs et les complices de Habré. Ce n’est pas un hasard si nous avons mis plus de moyens que les autres, ce n’est pas non plus un hasard si nous avons été en première ligne pour soutenir le président Macky Sall. C’est pour que la lumière soit faite. Donc, je suis un homme qui a une conscience tranquille et la question de jugement de Hissein Habré est une question nationale, qui nous concerne tous. Je pense que rares sont les Tchadiens qui n’ont pas perdu les leurs pendant cette période.
Maintenant, après le jugement, qu’est-ce que les Tchadiens peuvent attendre ? Logiquement, ils doivent être indemnisés par l’Etat. C’est absolument normal. Ceux qui ont souffert, pour rien du tout, d’un régime quelconque doivent être indemnisés, le moment venu. C’est un élément essentiel. Beaucoup de ceux qui ont vécu dans les cellules de Habré sont morts et nous continuons à les perdre chaque jour, mais leurs parents, leurs progénitures sont là. Le moment venu, le gouvernement tchadien, que ce soit DEBY qui est au pouvoir ou un autre, aura la responsabilité d’indemniser les Tchadiens qui ont souffert du comportement des hommes politiques pendant cette période.
Notre pays est très actif à l’échelle régionale et internationale sur le plan diplomatique. Il a été sur le terrain dans plusieurs pays, notamment au Soudan, en RCA et au Mali. Au Mali, le Tchad a été l’un des premiers à être sur le terrain et il a payé un lourd tribut pour cela. Aujourd’hui, avec un recul, comment appréciez-vous le travail accompli par les FATIM (Forces armées tchadiennes d’intervention au Mali) sur le terrain ?
IDI : Je disais tantôt que, d’un Etat néant, le Tchad est devenu aujourd’hui un Etat crédible. Je disais aussi que cela n’est pas le fait d’un seul homme. C’est l’effort global de chacun de nous, et nous l’avons rendu crédible. Nous avons des institutions crédibles y compris l’armée nationale. Je ne vous le cache, vous le savez très bien, j’ai forcé la main à tous ceux qui ne voulaient pas que le Tchad se dote d’une armée. Je leur ai forcé la main et j’ai constitué une armée capable de défendre notre territoire, capable de défendre les institutions de la République. Si nous avons été au Mali et en RCA, c’est malgré nous, mais c’est pour la bonne cause. Ce n’est pas une aventure. Prenons le cas de la RCA. La crise en RCA date de 1994. Et depuis 1994 jusqu’à nos jours, nous ne sommes pas les seuls soldats de l’Afrique centrale à être sur le terrain : la FOMUC, la FOMAC, et maintenant on a passé la main à la CEEAC. C’est-à-dire qu’on a demandé que l’affaire de la RCA soit gérée par la CEEAC. C’est ce qui a été fait. Et nous avons aujourd’hui une présence assez significative en RCA pour aider nos frères Centrafricains à sortir de la guerre. Je crois que nous avons beaucoup de leçons à donner à nos frères africains qui n’ont pas connu la guerre, qui n’ont pas connu ce que nous avions connu. Et nous les avons aidés du fond du cœur, qu’il s’agisse de feu président Patassé ou du président Bozizé, nous les avons aidés sans calcul. Nous avons aussi sacrifié des soldats tchadiens qui sont morts pour la paix en RCA. Donc, si par malheur le Tchad se retirait de sa position actuelle en RCA, il faut craindre que vous ayez encore plus de problèmes ici et la RCA va être à son tour, pour la première fois, je m’excuse auprès de mes frères centrafricains d’employer ce terme, un « Etat néant ». Donc, humainement, nous protégeons la population civile, nous apportons notre contribution sur le terrain pour apaiser les uns et les autres dans le cadre de la CEEAC. C’est nous qui avions demandé la contribution de l’Union africaine et des Nations unies, un parrainage, parce que, de 1994 à nos jours, c’est nous qui supportons cette charge très lourde. La France nous a aidés, l’Union européenne, un peu, mais les gros contributeurs, c’étaient nous, les Etats de l’Afrique centrale, sans exception pour avoir une force sur place qui puisse aider les Centrafricains à retrouver la quiétude et la stabilité. S’il y a une sorte de stabilité en RCA, c’est grâce aussi à notre présence et notre apport. Vos soldats ne sont pas de mauvais soldats, ils sont de très bons soldats, ce sont des professionnels qui savent faire le travail. Aujourd’hui, ils savent aider les civils, ils peuvent et savent jouer un rôle même humanitaire. Vous devez dire merci à vos soldats.
Quant au Mali, nous avons été dans ce pays à la demande expresse du président intérimaire, Dioncounda Traoré, et de la France. Je veux vous dire une chose en tant que soldat : si le Tchad ne s’est pas engagé au Mali, il n’y aurait jamais eu d’élections dans ce pays, et une rencontre entre le gouvernement et le MNLA au Burkina-Faso pour un dialogue. La présence et l’action essentielle du Tchad ont été fondamentales pour la réussite du processus que la communauté internationale cherchait, organiser les élections, poursuivre le dialogue entre le MNLA et le gouvernement, unifier le Mali. Et depuis, nous sommes en plein Nord. On n’a pas bougé de là où nous étions, à Tessalit. Certes, on a un peu réduit l’effectif, mais nous gardons une présence dynamique. Ce n’est pas une aventure. L’histoire en parlera, l’Afrique et le monde diront un jour, peut-être, que le rôle que les soldats tchadiens ont joué au Mali était un rôle de premier ordre. Et nous devrions être fiers de nos soldats et du travail qu’ils ont fait. En tout cas, en tant que soldat, je suis fier de ces hommes-là qui se sont sacrifiés et ceux qui sont encore sur le terrain pour aider nos frères maliens à parachever ce qui reste à faire, c’est-dire la stabilité, la réconciliation nationale et le développement du pays. L’histoire dira un jour que le Tchad a eu raison d’être le seul pays noir africain qui a soutenu l’action de la France qui était seule sur le terrain, par ses propres moyens, en projetant 2.400 hommes sur 3.000 kilomètres. Les soldats tchadiens ont maitrisé en une semaine seulement, une situation qui devrait durer des années. Par leur courage, par leur sens du sacrifice, ils ont préservé l’unité du Mali. Ce qui a permis aux Maliens d’aller aux élections. C’est l’apport du Tchad et c’est grâce aux soldats tchadiens, avec les soldats français.
La cherté de vie préoccupe aujourd’hui la population. En dépit des mesures prises çà et là par le gouvernement, rien n’a changé. On assiste plutôt à une flambée de prix des denrées et à une spéculation par les commerçants véreux. Alors, qu’est-ce que la population peut attendre de vous pour une solution définitive ?
IDI : La population tchadienne doit attendre légitimement que ses gouvernants trouvent une solution à ce qu’on appelle la vie chère. Vous savez que le phénomène de la vie chère n’est pas seulement propre au Tchad. C’est un phénomène mondial. En plus, nous venons de très loin. Nous sommes un pays à vocation agro-pastorale. J’espère que nous continuerons à l’être, l’agriculture et l’élevage constituent le socle sur lequel reposeront nos ambitions à l’horizon 2025. Au niveau du gouvernement, nous avons pris un certain nombre de décisions, mené un certain d’actions. Certaines ont apporté quelques réponses, d’autres n’ont pas apporté des solutions définitives. C’est une question qui est mondiale ou sous-régionale, donc le Tchad ne peut pas en être épargné. Nous faisons partie de cette communauté internationale et la morosité économique et financière en Europe nous frappe de plein fouet. Vous savez qu’avant, le Tchad n’exportait pas beaucoup pour son autosuffisance alimentaire. Le Tchad produisait surtout localement, du mil et du gros mil, qui étaient les plus consommés par les Tchadiens. Aujourd’hui, les choses ont évolué et les Tchadiens consomment du riz, du pain, de la farine…donc, des produits qu’il faut aller chercher ailleurs. N’oublions pas que nous faisons partie des pays qui ont libéralisé leur économie. Notre système économique est un système libéral. Donc, la marge de manœuvre du gouvernement est assez réduite, du fait que nous avons volontairement créé cette situation par la libéralisation économique dans notre pays. Quoi qu’il en soit, le gouvernement est responsable. Nous devrions continuer à nous battre, le gouvernement doit continuer à se battre et à avoir un dialogue permanent avec ces commerçants véreux. Dans les régions du pays, y compris N’Djamena, les gouverneurs doivent se battre aussi. Au moins, les prix que le gouvernement a fixés et rendus publics, ils doivent les faire appliquer …C’est ce qui nous a amené à créer au Tchad, un centre de vérification des produits alimentaires qui est une première en Afrique centrale. Sur le plan scientifique, ce centre que nous avons construit et qui est déjà fonctionnel, va être un centre sous-régional. Nous sommes un pays d’élevage et il est impensable que la viande coûte plus cher au Tchad qu’en RCA ou au Cameroun. Ce que nous produisons ne doit pas être plus cher que ce nous importons. Le gouvernement a un programme national de développement et il doit intégrer dans ce programme, l’idée qui est née déjà depuis quelques années pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, en utilisant nos terres arables qui sont vastes, les eaux de nos fleuves et il faut investir dans l’agriculture pour avoir une autosuffisance alimentaire, et pourquoi ne pas faire du Tchad un pays exportateur de produits alimentaires. C’est une ambition. Il y a trois ans, j’avais parlé de cent mille hectares. Maintenant, nous sommes à quarante mille hectares. Il reste encore à faire soixante mille hectares. Cela a un coût, mais ça nous permet d’avoir deux productions de riz par an. Quand nous atteindrons cent mille hectares, le prix sera moins. Certainement, on va étendre le programme pour faire plus encore, puisque les terres arables sont là, pour nous permettre d’asseoir une économie réelle d’agriculture qui mène vers l’autosuffisance alimentaire et renforce nos exportations et qui contribue à une vie normale des Tchadiens. Donc, le gouvernement doit mener un combat contre la vie chère. Je ne doute pas qu’il arrive à imposer à ces commerçants véreux les prix qu’il a fixés.
Un autre problème préoccupant : celui de l’école tchadienne. Depuis bientôt cinq ans, les résultats scolaires sont en chute libre. Cette année 2013, il y a eu 8% de réussite au baccalauréat, et cela, juste après qu’on ait parlé de la renaissance de l’école tchadienne après le forum qui s’est tenu sur le système éducatif. La baisse de niveau se généralise et beaucoup parlent de dysfonctionnement du système éducatif. Alors, quelles sont les mesures urgentes envisagées pour remédier à cette situation ?
IDI : C’est une question fondamentale. Quand on parle de l’école, des jeunes ou des enfants, il s’agit de l’avenir du Tchad. Quand on regarde les résultats actuels, pas seulement au niveau du BAC, mais dans les autres niveaux plus bas, et celui de certains fonctionnaires qui ont des diplômes et qui émargent sur le budget de l’Etat, nous sommes en droit de nous poser la question : qu’est-ce qu’on a fait ? Comment et pourquoi on a fait pour arriver à cette situation ? Et pourtant, l’éducation nationale a été un des secteurs prioritaires du gouvernement depuis 1990. Vous savez qu’en 1990, il y avait moins de 50 collèges et lycées. Aujourd’hui, vous avez dépassé le cap de 600. En 1990, vous aviez moins de 3000 à 4.000 candidats au Bac. Aujourd’hui, vous en avez plus de 70.000. Donc, il y a eu quelque part un boom scolaire dans notre pays. Ce qui est une bonne chose, mais ce boom n’est pas suivi de qualité. Il y a eu plusieurs fora sur l’éducation nationale, surtout après 1993. Malgré toutes les décisions qui ont été prises et tous les crédits importants que ce département a consacrés pour l’éducation de nos enfants, aujourd’hui nous sommes en droit de nous poser la question. Si c’est ça le résultat que nous avons obtenu, nous avons vraiment prêché dans le désert. Donc, maintenant, il faut prendre le taureau par les cornes et chercher où se trouve le mal. Est-ce que c’est au niveau des élèves, de l’encadrement ou des parents ? Qui est responsable, pourquoi cette situation ? Pourquoi construire des instituts, des universités dans notre pays pour de tels résultats ? Personne ne peut imaginer ces résultats, en tout cas, moi, personnellement, je n’ai jamais imaginé que sur plus de 70.000 candidats, qu’il y ait un taux de réussite de 8% seulement. Je ne l’ai jamais imaginé pour la raison qu’au cours de cette année il n’y a pas eu de grève, les gens ont travaillé normalement. Pourquoi cela ? Plusieurs questions se posent. Je pense que le moment est venu pour que le gouvernement trouve la solution, sinon, le remède le plus efficace possible pour assurer l’avenir du Tchad par une formation, par un encadrement et par la présence d’élèves aux côtés du gouvernement en tout lieu et à tout moment. C’est lamentable ! Je dirais même que c’est un échec de cette politique de l’éducation nationale. Il faut reconnaître que les échecs peuvent arriver. Maintenant que c’est arrivé, il faut reprendre les choses en main. On ne peut pas continuer avec cette situation. Toutes les rencontres que nous avons organisées concernant l’éducation n’ont donné que ce résultat-là. Moi, je me pose la question que va-t-on faire ? Mais nous avons l’obligation de trouver la solution. Nous sommes face à un problème et face à nos responsabilités. Et par rapport aux autres enfants de l’Afrique ou du monde, l’enfant tchadien n’est pas le plus taré, je ne le crois pas. Il y a un problème, il ne faut pas le nier. Le gouvernement doit trouver la solution dans le cadre de son programme de développement, dans le cadre de cette politique que nous avons menée depuis 1988 : faire de l’école, de l’éducation, la priorité des priorités.
Votre mandat actuel est placé sous le signe du monde rural et la femme. Or, sur le terrain, les éleveurs et les cultivateurs ne peuvent plus cohabiter malgré vos multiples instructions aux différents responsables pour une cohabitation pacifique. Les conflits ne font que s’accentuer, avec la complicité des autorités administratives et militaires qui ne se soucient guère des pertes en vies humaines. Quelles sont les mesures urgentes à prendre pour que les deux communautés vivent en paix et vaquent à leurs activités ?
IDI: Depuis les temps immémoriaux, les agriculteurs et les éleveurs ont vécu ensemble. Est-ce que c’est un phénomène nouveau ? Pourquoi on en fait un problème politique ? Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes, de problèmes qui finissent malheureusement par des pertes en vies humaines, des accros entre agriculteurs et éleveurs, mais ils sont politisés à outrance. Faire de ça un programme politique par certains acteurs politiques, c’est ça qui nous a amenés à l’incompréhension actuelle. Il y a, bien sûr, d’autres éléments qui viennent s’ajouter. Vous avez 1.284.000 Km2. A l’indépendance, vous étiez 3.000.500, aujourd’hui, vous êtes 11.000.000. A l’indépendance, vous aviez moins de 200.000 têtes de bétail, aujourd’hui, vous en avez plus de 20.000.000 et le désert avance. Tout ça, ce sont des éléments que nous ne maitrisons pas. Il y a des phénomènes naturels, comme l’avancée du désert, que nous ne pouvons pas maitriser. Cette augmentation vertigineuse de la population tchadienne en moins de 50 ans est aussi un phénomène, parce que le Tchad était dans une situation incontrôlée et de désordre pendant longtemps. Il n’y a pas eu une politique de planification familiale, et il n’y a pas eu, non plus, une politique réelle qui permette de faire des reformes approfondies au niveau de l’élevage. L’élevage ne contribue pas beaucoup à l’économie du pays pour la simple raison qu’il est pratiqué dans sa forme traditionnelle. Donc, ce qui importe aujourd’hui pour les uns et les autres, c’est le nombre de têtes de bétail. Ce qui devrait nous intéresser, c’est d’avoir moins de têtes avec une vie meilleure. L’agriculteur ne peut pas vivre sans l’éleveur, tout comme l’éleveur ne peut pas vivre sans l’agriculteur. Et vous verrez que dans les années à venir, les choses vont changer. Les agriculteurs d’aujourd’hui pourront devenir des éleveurs. Les éleveurs d’aujourd’hui sont entrain de devenir des agriculteurs.
Concernant l’apport du gouvernement à aider les deux communautés à s’entendre, je pense que le gouvernement a une politique. Je viens de signer un projet qui va nous coûter autour de 10 milliards de francs CFA et qui consiste à tracer des routes pour les éleveurs en transhumance en toute saison. En son temps, on en avait. Cependant, maintenant, les besoins en terres sont devenus plus importants, la population à nourrir est devenue nombreuse et le nombre du bétail a augmenté, donc il faut plus d’espaces, il faut trouver des solutions. Je crois que les solutions sont prévues dans le Programme national de développement (PND). Nous ne voulons plus de cet élevage tel que pratiqué aujourd’hui qui, en quelque sorte, contribue à la destruction de notre environnement. Nous voulons d’un élevage qui apporte un plus au pays. Ce projet que je viens de signer et qui permettra de tracer des axes de transhumance, fait partie des actions que le gouvernement est entrain de mener. Cela va permettre d’éviter des accrocs entre éleveurs et agriculteurs sur l’ensemble du pays. Il ne faut pas croire que c’est un phénomène qui concerne une ou deux régions. Il n’y a que trois régions qui ne sont pas concernées par ce phénomène : l’ancien BET, le Barh El Gazel et dans une certaine mesure le Kanem. Toutes les autres régions du Tchad sont concernées. Il n’y a pas une seule année où on ne parle pas de morts dans ces régions du Tchad, pour des questions de terre, de pâturage ou d’agriculture. Là aussi, il est de la responsabilité du gouvernement de trouver des solutions. Je pense qu’on peut indexer l’administration, l’armée ou les responsables des services (commandants de brigade ou autres) qui sont devenus des éleveurs ou des agriculteurs. Si le problème est à ce niveau, il est très facile au gouvernement d’interpeller ces gens. Ils ne sont pas nombreux, ceux qui sèment la désolation au sein des deux communautés. Mais la dimension actuelle est plus importante que cela. De plus en plus, il nous manquera des terres pour l’élevage, et de plus en plus, il nous manquera des terres pour l’agriculture. Prenez une région comme le Logone occidental qui est la plus peuplée du Tchad, avec 200 habitants par km2. Qu’allez-vous faire ? Nous avons initié un certain nombre de projets au sein du gouvernement : la fixation des nomades. Il y a des ratés certes, mais il y a quelques réussites quand même. Moi, personnellement, je crois à cette politique de fixation, qui vise, tout au moins, à réduire les amplitudes de transhumance. Au lieu que l’éleveur fasse 1.000 km à l’aller, 1.000 km au retour, on peut les réduire à 400 km à l’aller, 400 km au retour, en traçant ces couloirs, avec des points d’eau et de pâturage. Je pense que, par faute de ne pas avoir suffisamment de terres, on sera amené, un jour, à cultiver pour nourrir le bétail aussi. Le tiers du pays, c’est le Sahara, mais c’est un Sahara qui peut produire. Il y a de l’eau là-bas. Donc, nous allons chercher toutes les solutions possibles pour réduire les amplitudes de transhumance des éleveurs et ramener le problème au niveau de la chefferie traditionnelle pour que les chefs traditionnels arrivent à régler eux-mêmes les problèmes, sans l’intervention de l’administration. Il y a des ONG nationales qui aident les agriculteurs et les éleveurs dans certaines régions et ça marche. Je souhaite que ces ONG qui travaillent aujourd’hui pour cette bonne cause, avec le soutien de l’Etat, arrivent à couvrir l’ensemble des régions, pour permettre aux deux communautés de vivre pacifiquement et de bénéficier de l’appui des uns et des autres. Donc, il n’y a pas de problèmes sans solutions, mais il faut éviter de politiser à outrance. C’est ça qui aggrave souvent nos problèmes. On ne rend pas service…Pour celui qui est mort, c’est la fin du monde. Il s’est arrêté là. On ne pleure pas pour les morts, mais on cherche un bénéfice politique sur les morts. C’est çà qui est grave et c’est ça qu’il faut éviter ! Pour permettre aux deux communautés de vivre ensemble, il appartient au gouvernement d’aller plus loin dans ses réflexions et dans ses activités pour la fixation des nomades et pour la réduction des amplitudes de transhumance.
Le Tchad va être candidat au poste de pays membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies en septembre prochain. Après tout ce que le Tchad a connu, aujourd’hui, nous sommes un havre de paix dans une région où il y a beaucoup de turbulences, nous sommes le berceau de l’humanité, nous sommes même, après la renaissance, sur le chemin de l’émergence. Alors, qu’est-ce que cela va apporter de plus à notre pays ?
IDI : C’est pour la première fois que le Tchad est candidat à ce poste, pour le compte de deux régions : la région de l’Afrique centrale et la région du Nord. Pourquoi c’est pour la première fois ? C’est parce que nous avons perdu notre temps à faire la guerre et créer le désordre. Maintenant, le pays a retrouvé sa crédibilité. Aujourd’hui, le Tchad participe, avec les autres pays stables de l’Afrique et du monde, à l’instauration et au retour de la paix, de l’ordre et au renforcement de la démocratie en dehors de nos frontières. Donc, notre pays joue aujourd’hui un rôle important. Prenez-le comme tel, le Tchad, cette place lui est réservée de droit comme ça. Il doit jouer son rôle, puisque nous avons l’expérience de la guerre. Comme nous sommes arrivés, par nous-mêmes, à sortir de cette situation et rendre notre pays crédible. Donc, nous avons beaucoup à donner aux autres. Deuxième élément, c’est la participation de votre armée à la stabilité et à la paix dans la région Afrique. Vous ne savez pas le rôle que vous avez joué. Pas seulement au Mali et en RCA. Vous avez aujourd’hui vos éléments en RDC, des gendarmes et des policiers à Haïti, en Côte d’Ivoire, au Burundi, et on est aujourd’hui sollicité par l’Union africaine pour apporter notre appui aérien à la Somalie. Le Tchad joue un rôle important au sein de la communauté africaine, mais aussi au sein de la communauté internationale pour la paix dans le monde. Donc, il est de notre devoir, et je pense que c’est le moins qu’on puisse nous donner, d’être candidat à ce poste-là pour pouvoir apporter davantage l’expérience que nous avons et mettre à la disposition de la communauté internationale, comme nous l’avons fait jusqu’aujourd’hui à sa demande, les maigres moyens qui sont les nôtres, pour contribuer à la paix dans le monde. Je pense que nous sommes le seul candidat pour les deux sous-régions et il y a forte chance que nous passions. Ce n’est pas rien non plus. C’est une première pour le Tchad. Je pense que vous avez aussi une diplomatie qui est très forte et une présence assez importante au sein de la communauté internationale. Dans les rencontres africaines ou internationales, le Tchad a eu toujours un rôle à jouer et il jouera un rôle important de plus en plus. Le Tchad fait aussi partie des pays qui ont proposé la création d’une force africaine d’action rapide pour la stabilisation de la paix, pour qu’on ne soit pas pris de cours comme on l’a été pour la situation au Mali. Pour que nos problèmes ne soient réglés par l’extérieur, il faut que l’Union africaine se dote d’une armée disponible à tout moment, qui peut être déployée en un temps record pour réduire la nuisance, le désordre ou les maux dans le continent. Le moment venu, le Tchad va être dans le peloton des premiers pays qui vont contribuer en hommes et en matériels pour cela. Donc, de plus en plus, le Tchad jouera un rôle important dans la région Afrique, dans la sous-région bien sûr, mais il a aussi un rôle à jouer sur l’échiquier international.

Source : Présidence du Tchad

 

 

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